Numérique ou digital ?

Il est de bon aloi d’utiliser des termes anglais pour faire hype ou fashion, les nouvelles technologies sont le parfait exemple de la chose. Combien de fois voit-on fleurir l’adjectif digital pour illustrer la modernité de produits, services ou compétences ? Par exemple, le site des décideurs du digital (DDD), la rubrique Bien vivre le digital chez un grand opérateur français ou l'école Digital Campus. Ce ne sont pas les exemples qui manquent, nous verrons par la suite.

L’hérésie digitale

Étant de culture électronicienne, j’ai bouffé quelques cours suivi un cursus comportant des cours d'électronique dans les domaines de l’analogique et du numérique. Ayant, en parallèle à ma formation de technicien, quelques notions rudimentaires en français, j’ai également appris que, selon l’institution garante de la langue française, l’adjectif digital se réfère aux doigts : l’utilisation la plus courante étant celle des empreintes digitales. L’utilisation du terme digital pour vendre des produits ou des services top-moumoute-que-plus-modernes-il-te-pousse-des-antennes me fait curieusement penser à ayant un rapport à la proctologie, ainsi les « décideurs du digital », le « bien vivre le digital » ou le « campus du digital » résonnent étrangement dans ma tête.

Il n’est pas rare que la lecture d’un prospectus des grandes enseignes me décroche un sourire. Peut-être ai-je simplement l’esprit trop tordu pour ne pas comprendre le sérieux la révolution des doigts ?

Concilier numérique et digital

Nous allons voir que, malgré le ton ironique des précédents paragraphes, il est tout de même possible de concilier digital et numérique.

Si vous ne connaissez pas le binaire, le fondement du calcul numérique en électronique, nous allons voir comment cela fonctionne. Il existe deux états en électronique (haut ou bas, information ou pas information…), il s’agit du ‘1’ et du ‘0’. On fera l’impasse sur les états transitoires, indéfinis ou spéciaux permettant aux circuits électroniques de ne pas s’en prendre plein les dents alors qu’ils n’ont rien demandé. Il est évident que ces deux états numériques sont facilement transposables en digital : doigt levé ou doigt baissé.

La quantité d’information communément utilisée en informatique est l’octet (ou le byte pour les anglophones) qui peut contenir 256 valeurs (28), soit de 0 à 255. L’octet comportant 8 bits (ou vecteur d’informations pouvant prendre l'état 1 ou 0), on s’aperçoit que nos deux mains comportent 2 × 4 doigts parfaitement alignés. Voilà notre octet ! Quant aux pouces, on pourra les utiliser pour la retenue (Carry Finger) et pour le signe afin d’indiquer si nous utilisons une valeur négative (Negative Finger) ou positive.

Comment écrit-on le binaire en digital ?

Tout d’abord, observons le dos d’une paire de mains vue dans un miroir :

Une paires de mainsdans un miroir

La valeur la plus faible est celle de l’index de la main droite, sa valeur maximale est 20 (1). La valeur la plus forte est celle de l’index de la main gauche gauche, sa valeur maximale est de 27 (127). Si l’on prend en compte chaque doigt, soit 27 + 26 + 25 + 24 + 23 + 22 + 21 + 20, ainsi que le 0 —valeur que chaque civilisation évoluée devrait prendre en compte— on obtient 255 + 1 valeurs possibles, soit 28 (256) valeurs possibles.

Il est donc possible de compter jusqu'à 256 sur nos doigts, voire 512 si on utilise un pouce supplémentaire pour marquer la valeur 28. Le monde du digital n’est-il pas merveilleux ?

Comment compter ?

Voici le tableau de référence pour la présentation du dos des mains (forme de calcul la plus répandue) :

Doigt droit gauche
Index 1 127
Majeur 2 64
Annulaire 4 32
Auriculaire 8 16

Cas pratiques

Puisque cette façon de compter peut-être confuse, nous allons prendre des cas concrets issus de la vie courante.

Cas numéro un

Pour le premier cas, nous prendrons cette image de Burton C. BELL du groupe Fear Factory.

Fear Factory

On observe que ses auriculaires et ses index sont levés donc, d’après notre tableau, la valeur exprimée est 152 (8+16+1+127).

Deuxième cas

Marlon Brando

Il s’agit de Marlon BRANDO qui, malgré l'âge apparent de la photo, était de plain^1 pied dans le digital. Ses deux majeurs sont levés, on a donc la valeur 66 (2+64).

En plus récent et de meilleur qualité grâce à un appareil photo numérique digital : Eminem.

Dernier cas

Le digital est presque aussi vieux que l’humanité, cela a de quoi plomber le côté nouveau qu’on nous vend et vante. Voici une photo de Winston CHURCHILL en train de « digitaliser ».

Winston Churchill

Étant donné l’ancienneté de la photo, l’octet n'étant pas encore très répandu, on utilisait à cette époque le quartet (ou demi-octet). On observe que l’index et le majeur de la main droite sont levés, ce qui donne 3.

Il est à noter qu’aucune amélioration majeure est apparu depuis l’utilisation courante du 8 bits. En effet, pour des raisons inconnues, la révolution 16 bits n’a pas encore eu lieu.

Conclusion

On pourrait utiliser de nombreux autres exemples de la vie courante afin de conjuguer numérique et digital ; je laisse cependant la possibilité au lecteur d’explorer ce monde merveilleux par lui-même.

(Les images appartiennent à leur auteur respectif)